Nous en parlions il y a une vingtaine de jours dans un billet visant à informer le plus grand nombre sur un texte des plus importants, à savoir l'accord relatif au traité constitutionnel. En France, nul besoin de présenter objectivement ce texte puisqu'il fera l'objet d'une campagne politique menant à la scission du pays. Depuis tout temps et dans toutes les situations, le gentil petit parti salvateur du petit peuple a toujours été là pour rassembler les mécontents du régime en place, c'est d'ailleurs de cette façon qu'Hitler était monté au pouvoir, après avoir rassemblé les foules avec un programme contradictoire qui contentait chacun.

Ainsi, en tournant les choses dans le sens qui leur semblait le plus prometteur d'un hausse de leur cote de popularité et profitant de l'actuelle crise française entre partis, les gentils marionnettistes ont fait exploser le pays dans une immense joie et dans un réconfort peu commun. Le rejet de la Constitution par la France a donc pour première conséquence que l’Union européenne va demeurer régie par les traités actuels, c’est-à-dire des traités qui ne permettent pas à l’Union de fonctionner efficacement à 25.

Dans un entretien accordé au journal La Croix du 22 avril 2005, le Premier ministre du Luxembourg et Président en exercice de l'Union européenne, Jean-Claude Juncker, interrogé sur les conséquences d'un éventuel "non" français à la ratification du projet de Constitution affirmait : "(...) si la France était la seule ou la première à dire non, elle en sortirait amoindrie et elle ne retrouverait pas, pendant une assez longue période, le rang qui est le sien".

Le "non" français sera perçu comme une "volte-face" de la part d’un Etat fondateur qui a demandé une Constitution, et a beaucoup obtenu lors des négociations (exception culturelle, intégration de la Charte des droits fondamentaux, dispositions sociales, reconnaissance des services publics, etc.). La France sera immanquablement affaiblie dans le cadre des importantes négociations actuellement en cours et en sortira isolée.

C’est en premier lieu parce que la Constitution européenne est avant tout la codification des traités européens qui se sont succédés depuis le début des années 50 qu’il faut l’adopter. Se prononcer sur la Constitution, c’est donc pour une bonne part évaluer l’héritage d’un demi-siècle de construction européenne, qui doit être considéré comme largement positif. Au lieu de ça, on lance des débats en chauffant les foules qui voteront contre un parti ou contre de fausses idées ou du moins des idées dénaturées au lieu de s'intéresser réellement à l'avenir de l'Europe.

L'une des revendications des opposants à la Constitution européenne consiste à rendre le texte plus facilement révisable. Beaucoup des partisans du texte auraient également souhaité des possibilités de révision à la majorité. Néanmoins, le réalisme conduit à constater que les 25 gouvernements n'étaient pas favorables à un tel changement, et qu'il n'y a aucune raison d'espérer que les Etats changent d'avis après un "non" français. Il faut plutôt souligner que la Constitution introduit des éléments nouveaux qui permettront de simplifier les procédures de révision.

Le terme "Constitution" ne doit pas être utilisé pour induire en erreur : rappelons en effet que, d’un point de vue juridique, le texte soumis aux Français est un traité. Il aurait donc été aussi aisé de le réviser que de réviser les traités actuels, qui l’ont d’ailleurs été à maintes reprises lors des dernières années.

Si l'Europe vient de faire un grand bond en arrière, ce n'est pas bien grave, le texte de la Constitution apportait juste des avancées politiques réelles et une avancée majeure dans la consécration d'une Europe démocratique. Ce n'est pas demain que cette Europe mangera à la table des Grands. Il nous reste toujours ce sandwich à avaler debout derrière les autres, mais cette position fatigue et on fait tant de miettes que l'Union se divise pour finir par vieillir seule à l'ombre d'une nation.

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