Le folklore du Mac : Do It
Par Benjamin le vendredi 21 octobre 2005, 14h39 - Folklore - Lien permanent - URL miniature
Les tests utilisateurs ont parfois des résultats surprenants. Entre les personnes perdues devant leur écran et celles qui se font insulter par leur machine, il semble très difficile d'établir un quelconque profil correspondant à la moyenne et d'en tirer les résultats adéquats. Vous ne verrez en tout cas plus jamais les boîtes de dialogue de la même façon, ça c'est certain.
Andy Hertzfeld (juin 1982)
Un grand nombre de types scolaires qui étaient impliqués dans la création des premières implémentations de l'interface graphique utilisateur au Xerox PARC (Palo Alto Research Center) et diverses universités ont plus ou moins ricanés devant la première génération des ordinateurs personnels quand ils apparurent au milieu des années 70, dans la mesure où les premiers ordinateurs personnels étaient beaucoup moins puissants que les machines qui étaient utilisées pour les programmer. Vous ne pouviez pas faire grand chose avec seulement 4Ko de mémoire et aucun lecteur de disque.
Mais Larry Tesler, qui était un membre clé de l'équipe Smalltalk dans le Groupe de Recherche et d'Etude du Xerox PARC, n'était pas du même avis. Il était vraiment excité par le potentiel des ordinateurs personnels, achetant un Commodore PET dès qu'il fut disponible en 1977. Il était l'un des démonstrateurs à la fameuse visite d'Apple au Xerox PARC en décembre 1979, et il fut tellement impressionné par les visiteurs de chez Apple qu'il quitta le PARC et commença à travailler chez Apple le 17 juillet 1980, en tant que directeur de l'équipe Lisa Applications.
Larry maintint l'uniformité entre les applications, et contribua à beaucoup à ce qui devint par la suite l'interface utilisateur du Macintosh. Il était aussi le principal décideur et implémenteur chez Apple pour le test utilisateur : essayant réellement nos logiciels avec des utilisateurs réels et observant ce qui se passait. Commençant au début de l'été 1981, Larry organisa une série de tests utilisateurs du naissant logiciel de Lisa, recrutant des amis et de la famille pour essayer le logiciel pour la première fois, le tout observé par les designers Apple qui enregistraient leurs réactions.
Les tests utilisateurs étaient effectués dans une pièce spécialement conçue à cet effet et comportant un miroir sans teint, de telle façon que les observateurs puissent observer les tests sans être intrusifs. Les tests étaient conduits par un modérateur qui s'assurait que l'utilisateur de sentait dans de bonnes conditions et lui montrant les principes de base de l'utilisation de la souris. Ensuite, avec aucune instruction supplémentaire, on demandait aux utilisateurs d'effectuer des tâches précises, sans aide de la part du modérateur, comme éditer du texte et l'enregistrer. Le modérateur encourageait chaque utilisateur à maugréer pendant qu'ils accomplissaient les tâches, pour révéler le plus possible leurs pensées du moment. Chaque session était enregistrée sur cassettes audio et vidéo pour être analysées par la suite.
Quand le programme requierait une confirmation de l'utilisateur, il affichait une petite fenêtre appelée "boîte de dialogue", qui contenait une question, et présentait deux boutons, pour une confirmation positive et négative. Les boutons étaient appelés "Do It" et "Cancel". Les designers observèrent que quelques d'utilisateurs semblaient perdus au moment où s'affichait la boîte de dialogue, cliquant "Cancel" quand ils auraient dû cliquer sur "Do It", mais le problème qu'ils avaient eu avec ça n'était pas clair.
Finalement, l'équipe remarqua un utilisateur qui était particulièrement esbaudit par la boîte de dialogue, il semblait même commencer à s'énerver. Le modérateur interrompit le test et lui demanda quel était le problème. Il répondit : "Je ne suis pas un balourd, pourquoi le programme m'appelle-t-il balourd ?".
On remarqua qu'il n'avait pas vu l'espace entre le "o" et le "I" dans "Do It" ; dans la police système sans-serif que l'on utilisait, un "I" majuscule ressemblait assez fort à un "l" minuscule, il lisait alors "Do It" comme "Dolt" et était pour cette raison un peu offensé (dolt signifie balourd en anglais, c'est-à-dire quelqu'un de particulièrement stupide).
Après quelques considérations, on changea le bouton de la confirmation positive en "OK" (ce qui avait été initialement évité, parce que nous pensions que c'était trop familier), et à partir de ce moment-là les gens semblèrent avoir moins de problèmes.
l'article original sur Folkore.org
Commentaires
Ohohoh
paradisio
Géant vert (aussi)
écoute yaya, de deux choses l'une.