En effet, 18 ans auparavant, Sting et Bryan Adams partageaient la même affiche que celle qui leur était dédiée lors du festival Torhout-Werchter qui se déclinait, à l'époque, sur plusieurs journées et sur deux sites différents.

À ce moment-là, Bryan Adams avait véritablement volé la vedette à Sting, alors placé en tête d'affiche, en délivrant un show tonitruant qui avait d'ailleurs donné lieu à un album Live ! Live ! Live ! enregistré sous une pluie battante. Cette fois, ce fut tout à fait l'inverse qui se produisit. La prestation du Canadien parut bien pâle face au concert de Sting. Celui-ci n'hésita pas à largement puiser dans le répertoire de The Police pour délivrer un set qui mit les 55.000 quarantenaires à genoux. Basse au cou, Sting débuta son concert en entamant l'immortel Message In Bottle dans un ton aussi rock que la version originale. Il enchaîna ensuite avec un Synchronicity II complètement hallucinant avant de poursuivre sa Policemania avec un Walking On The Moon plus pur que jamais.

Le public en redemanda et Sting fit alors une incursion dans sa carrière solo pour interpréter Englishman In New York puis le trop méconnu Shape Of My Heart. Le répertoire de Sting avait de quoi surprendre et la surprise fut de taille lorsqu'il réalisa l'introduction de Demolition Man avant de glisser subtilement vers le répertoire de The Police avec une version allongée de Driven To Tears. La folie ambiante s'accentua encore un peu avec Every little Things She Does Is Magic puis une version de Desert Rose aux forts accents du Moyen-Orient. Et l'hystérie ne diminua pas d'un cran lorsque le Britannique et son groupe terminèrent leur prestation avec un medley de Roxanne et So Lonely qui fit tout son effet avant de quitter la plaine sur les notes d'Every Breath You Take puis un Fragile de bon aloi...

Même s'il débuta avec So Far, so Good, Bryan Adams eut bien du mal à soutenir la comparaison. Même s'il visita aussi abondamment son glorieux répertoire avec Somebody, Summer Of 69 ou même Cuts Like A Knife, le Canadien livra un set plutôt insipide. Sting a donc réécrit, à sa manière, l'histoire du festival de Werchter consacré aux classiques de ceux qui firent les beaux jours du festival.

La prestation de Bryan Ferry et de Roxy Music en début d'après-midi avait donné le ton avec, notamment, l'interprétation d'un Virginia Plain écrit voici... 34 ans ! Et que dire alors des standards Lets Stick Together, Love Is The Drug ou le Jealous Guy de John Lennon.

Les Écossais de Simple Minds, quant à eux, débutèrent leur show sur un mode mineur avant de revenir à de meilleures intentions avec les incontournables hits que sont restés All The Things, Waterfront, Don't You, Sanctify ou autre Alive & Kicking. Vêtu d'une chemise brodée de fleurs colorées, Mick Hucknall et son groupe Simply Red délivrèrent un show d'une extraordinaire qualité musicale mais dont le tempo ne se prêtait guère à l'ambiance qui règne dans un festival d'une telle ampleur. Les puristes auront apprécié les versions de Debris, de Come To My Aid, de Right Thing ou de l'excellentissime If You Don't Know Me By Now... Au final, les 55.000 vétérans pouvaient rentrer satisfaits auprès de leurs progénitures. Eh oui, les vieux avaient eu, eux aussi, le droit de s'éclater sur leur Werchter...

Frédéric de Bioley
© La Dernière Heure 2006